Pour un gouvernement 2.0

Nous sommes au mois de mars 2010. O’Reilly vient de terminer sa conférence en ligne sur le gouvernement 2.0. Premier constat : les pays qui y participent, parce qu’ils ont quelque chose à raconter, sont les USA, le Canada, l’Australie, l’Angleterre, et Israel. Je sais, la France, pays des droits de l’homme, hélas, n’y était pas présente.

Que signifie un gouvernement 2.0 ? C’est un cheminement qui passe d’abord par l’Open data. En bref, le gouvernement s’engage à fournir publiquement toutes les informations qu’il détient. Je viens de croiser à Melbourne Chris Moore, qui est DSI de la ville d’Edmonton, et qui a mis en place un tel système de catalogue open data. Ne croyons pas que c’est facile, il s’est heurté à toute sorte de méfiance, de rejets. Mais il a persévéré, et a réussi. On y trouve des informations géo-localisées, comme les parkings, les bus, les écoles, etc… Mais ce n’est pas suffisant, Chris a décidé d’ouvrir les API de ce catalogue aux développeurs.

Dans la même idée, la ville de San Francisco vient d’annoncer l’ouverture de ses API 311. 311 est, aux US, l’équivalent du 911 mais quand il n’y a pas d’urgence. Le 911 est utilisé pour signaler qu’un immeuble brule, le 311 pour dire qu’il y a un simple problème; c’est très bien expliqué ici. Suite à un document créé par Harvard en 2008, une initiative a été lancée, l’open311, qui consiste à créer un ensemble d’API autour des services municipaux (au passage, ce site est un wiki, outil très intéressant dans des phases de conception). Parmi les usages intéressants de cette initiative, signalons fixmystreet en Angleterre, un système de déclaration de problèmes urbains en Hollande, ou bien do it yourself democray aux US, qui est une application iPhone!

Tout repose sur la même idée (que j’espère bien promouvoir à la DUI) : le rôle du gouvernement est d’encapsuler ses données et d’ouvrir des API, pas seulement de faire un portail où sont sélectionnés des applications « labellisées », mode de relation avec les citoyens qui reste encore trop hiérarchique, supérieure, entre des « sachants » d’un côté et le brave peuple de l’autre.

Mais ce n’est qu’un début : le pas suivant consiste à mettre les citoyens et le gouvernement en mode collaboratif, en s’appuyant sur les outils de l’Internet. Je ne saurais que trop vous conseiller de lire l’excellent rapport publié par le gouvernement Australien, qui est généralement cité comme ce qui se fait de mieux en gouvernance 2.0 : « Getting on with Government 2.0« . Ce rapport, publié en décembre 2009 sous licence Creative Commons, est adressé à deux ministres : Lindsay Tanner Ministre des finances et de la dérégulation, et Joseph Ludwig, membre du parlement et Ministre d’Etat. La première page est éloquente : l’Australie veut faire de son gouvernement le meilleur au monde !

Je ne peux m’empêcher de vous délivrer l’un des paragraphes de cette première page :

Information collected by or for the public sector is a national resource which should be managed for public purposes. That means that we should reverse the current presumption that it is secret unless there are good reasons for release and presume instead that it should be freely available for anyone to use and transform unless there are compelling privacy, confidentially or security considerations which require otherwise.

La mise en oeuvre de ce projet passera par trois piliers :

  • Changer la culture et la gouvernance de l’administration
  • Utiliser tous les outils collaboratifs issus de l’Internet
  • ouvrir les accès à toutes les données publiques

Voici une belle initiative, à l’opposé des fameuses lois en I chères à JMP.

Ne pourrions-nous pas nous en inspirer ?

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Vidéo des ernest en ligne

Normal Sup a organisé un cycle d’interview vidéo, Les Ernest (du nom de leur poisson rouge fétiche), en partenariat avec le nouvel obs. Des intervenants passent pendant un samedi, chacun 15 minutes, à la queue leu leu. J’étais d’autant plus impressionné, et ravi d’être invité, que derrière moi il y avait l’extraordinaire Erik Orsenna, dont je ne saurais trop vous recommander la visite de son site (extraordinaire, surtout pour un passionné de cartographie comme moi), Erik qui nous a parlé avec brio de l’agriculture (j’ai encore ses phrases en tête : « les agriculteurs produisent la nourriture, et ce sont eux qui ont le plus faim », « le problème n’est pas l’eau mais le sol; car à force de construire du béton sur les meilleurs sols, les agriculteurs doivent se réfugier sur des sols de moins bonne qualité »); suivi d’autres intervenants tout aussi extraordinaires, comme André Brahic ou Alain Touraine.

Je dois dire plusieurs choses :

  1. bravo pour la qualité du résultat. Je ne saurais trop que vous conseiller de visionner l’ensemble des vidéos sur leur site, c’est très professionnel.
  2. bravo à normale sup, qui fabrique l’élite de la nation (Pierre Dac ajoutait « à côté de l’école anormale inférieure qui produit la pègre :-)  »), de se plonger dans le numérique avec autant de puissance et de volonté !
  3. prions pour que cette initiative puisse aider nos dirigeants, politiques, dont beaucoup sont sortis de cette école, à leur faire comprendre que le monde n’est plus ce qu’ils ont connus, ou plutôt, pour reprendre l’excellente phrase de Paul Valéry, que « L’avenir n’est plus ce qu’il était »..

Félicitations à l’équipe de Normal Sup !!!

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Histoire de l’Internet : la gestation

La gestation (1961 – 1969)

La naissance véritable de l’Internet, plutôt sa conception, dans le sens la création d’une nouvelle culture à la fois technologique, et d’innovation, se trouve dans trois articles scientifiques, écrits dans la décennie de 1960.

Le premier article, de 1961, est la thèse de Kleinrock, étudiant au MIT, sur la meilleure manière de faire circuler de l’information dans un réseau[1]. Kleinrock étudie les protocoles utilisés dans le réseau téléphonique, et démontre que ces protocoles, dit de commutation, ne sont pas efficaces dans le cadre d’un réseau de données. En revanche, il propose un protocole à base de paquets. Pour illustrer simplement la différence, le réseau téléphonique est comme le train : lorsque le train part entre deux villes, tous les aiguillages sont programmés pour être ouverts comme désirés, et les feux sont tous au vert. Lorsqu’une communication téléphonique traditionnelle est établie, le canal de communication est réservé et garanti. Kleinrock propose de choisir le modèle du paquet : le message est mis dans des « containeurs », lesquels partent en choisissant pour chacun son propre chemin, un peu comme des chauffeurs de poids lourds qui auraient toute latitude pour choisir telle nationale ou telle autre pour se rendre à leur destination. Cette décision s’opposait à la tradition : elle favorisait le « best effort » (meilleur effort) versus la qualité totale, concept cher aux opérateurs de télécommunication. En 1997, peu d’ingénieurs télécom, preuve à l’appui, croyaient au transport de la voix sur Internet. Ils avaient raison si la qualité totale était désirée. La progression constante de la téléphonie sur Internet, non seulement via skype mais aussi dans les offres des opérateurs de Télécom, montre que le client est moins attaché qu’il n’y paraît à la qualité totale.

Le deuxième article date de 1964, il s’agit d’un papier de Paul Baran, publié par l’IEEE[2], qui propose une architecture de réseau qui soit distribuée. C’est le fameux réseau maillé, qui est plus résistant à une attaque qu’une autre topologie de réseau. Ceci a été vérifié à au moins deux reprises : le 11 septembre 2001, lors de l’attaque sur les tours jumelles, où Internet s’est révélé être le seul réseau qui fonctionnait ; ni le téléphone fixe, ni le téléphone portable, n’avaient résisté à l’attaque ; et, plus proche de nous, lors du tremblement de terre en Haïti de 2010, où internet a été le seul réseau à résister au stress.

Le troisième article date de 1968, est un article de Licklider, ingénieur et psychosociologue au MIT, qui publie son célèbre article, « the computer as a communication device »[3]. Il commence par la phrase suivante :

In a few years, men will be able to communicate more effectively through a machine than face to face.

Licklider s’intéressait à la « communication créative », qu’il mettait en opposition à l’ordinateur comme machine de traitement. La communication partait du cerveau des personnes, et pas des machines. La machine permet un travail coopératif plus efficace, en autorisant chacun à exprimer sa propre créativité dans un cadre de projet collectif. Licklider agrémentait d’ailleurs ses propos de dessins suggestifs.

Déjà, les fondements de l’Internet portent des marques culturelles fortes : un mélange de technologie et de sociologie ; une posture en rupture avec le passé, mais s’en nourrissant, l’ouverture, la coopération, la recherche d’une nouvelle efficacité, mais surtout une attitude visionnaire, en totale rupture avec la doxa.

Dans la même période, les trois industries traditionnelles partaient dans des développements ayant peu ou prou des objectifs analogues, mais en continuité avec le passé. Le Minitel reposait sur des technologies de commutation, qui étaient fermées. L’informatique aux Etats-Unis développait les BBS (Bulletin Board System) système qui proposait du chat, des emails, du contenu, mais qui ne savait pas intégrer les recherches sur les réseaux. Quand au monde du contenu, il ne s’est intéressé au numérique qu’à partir de 1975, début du développement du compact disque audio. Néanmoins, il n’interprétait le numérique que sous l’angle du codage du son, privant le CD d’informations autour du contenu[4], manque réparé avec le standard MP3.


[1] « Information flow in large communication nets », Proposal for a PhD Thesis http://www.lk.cs.ucla.edu/LK/Bib/REPORT/PhD/ retrouvé le 24/02/2010

[2] « On distributed communication networks », Paul Baran,
http://www.gtnoise.net/classes/cs7001/fall_2008/readings/baran.pdf

[3] Galactic Network : the computer as a communication device., http://apotheca.hpl.hp.com/ftp/pub/DEC/SRC/research-reports/SRC-061.pdf retrouvé le 24/02/2010

[4] Le lien entre le contenu d’un disque et le disque se fait au travers d’une astuce informatique : une clé est créée à partir des quelques informations disponibles, essentiellement nombre de pistes et durée des disques, et cette clé sert d’entrée à une base de données, avec l’espoir que deux CD différents ne donneront pas la même clé.

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Histoire de l’Internet : la préhistoire

La préhistoire (du XIXème siècle jusqu’à 1961)

La préhistoire de l’Internet est, comme nous l’avons déjà écrit dans notre précédent ouvrage, le choc de trois industries qui, chacune, apporte un savoir-faire unique : l’informatique, les télécommunications, et le contenu. Les savoirs faires uniques apportés par ces trois industries ont été le substrat technologique qui a permis à l’Internet d’exister, même si, comme toute histoire humaine, l’innovation passe parfois par tordre le cou aux dogmes anciens. Toute innovation est, quelque part, désobéissance.

Ces trois mondes sont nés au 19ème siècle. L’informatique, au sens de la capacité d’une machine à appliquer des processus automatisés, peut trouver sa source dans la machine de Jacquard, créé en 1801. En 1812, la première presse cylindrique rotative voit le jour, donnant naissance à l’industrie des médias. Le premier câble sous-marin transatlantique est posé en 1858, permettant une véritable interconnexion entre continents, interconnexion qui deviendra vite planétaire.

Ces trois industries sont chacune porteuse d’une culture propre, qui la distingue des autres.

Le monde de l’informatique est fait d’entreprises qui naissent, vivent, meurent ; c’est un monde en perpétuelle reconfiguration. Qui se souvient de Compaq, qui disait pourtant avoir racheté HP ? La marque HP est restée ; Compaq a disparu. Qui se souvient de Digital, créateur de l’informatique dite départementale, en opposition aux main-frames, ces gros ordinateurs centralisés ? Digital, qui avait pourtant créé, sans presque s’en rendre compte, Altavista ; Digital racheté par Compaq, est aujourd’hui totalement oublié.

Le monde des télécoms est constitué d’entreprises très hiérarchisées, pour ne pas dire militarisées. Même devenues des sociétés anonymes, elles portent en elles la culture originale qui leur a permis de faire des réseaux de grande qualité, fixe d’abord, mobiles ensuite. Cette culture est à l’opposé de la culture Internet, et même si les opérateurs de télécommunication sont des fournisseurs d’accès, on sent bien la déstabilisation culturelle provoquée par une nouvelle manière de raisonner[1].

Le monde des médias est constitué de grands groupes de presse, de radio, de télévision, de cinéma, de livres. Monde créateur de contenu, il ne rêve que de monopole mondial. Que ce soit Murdoch, CNN, Lagardère, SONY, Universal, BMG, ils ont tous une vision monopolistique du monde et, parce qu’ils ont le privilège d’être créateurs de rêve, se sentent parfois obligés de le devenir.

Chacun de ces trois mondes apporte un savoir-faire unique. L’interaction pour l’informatique, cette machine dans laquelle, pour reprendre les propos de Michel Serres, nous mettons une partie de notre intelligence avec laquelle nous dialoguons. La mise en relation, le « peer to peer » (le pair à pair) pour le monde des télécommunications. Et la beauté pour le monde des medias. Internet a besoin de ces trois ingrédients : il faut une capacité d’interaction sophistiquée avec la machine, pour que celle-ci nous permette de manipuler notre propre intelligence, il faut des réseaux pour transporter l’information, et il faut du contenu pour alimenter la communauté. Néanmoins, toute tentative d’intégration de ces trois mondes dans un modèle unique est vouée à l’échec. La fusion AOL-Time Warner, tout comme la création de Vivendi Universal, se sont soldés par des échecs. Ceci peut s’expliquer de multiples manières : fusionner des cultures différentes est trop difficile, et l’on oublie trop souvent que ce sont des êtres humains qui font tourner les entreprises ; la culture Internet est, entre autres, une culture de Lego : chacun fait son métier, et le fait bien, et c’est le réseau qui assure la systémique ; si l’une des composantes est défaillante, elle est automatiquement remplacée.

S’il y avait besoin d’une preuve de l’originalité de la culture Internet, elle se trouverait dans le constat qu’aucune entreprise qui soit l’un des grands noms de l’Internet n’est issue d’une entreprise antérieure. Ebay, Yahoo, Amazon, Facebook, Youtube, Linden Lab, Wikipedia, Google, sont toutes des créations ex-nihilo.


[1] L’arrivée de Free dans le téléphone, l’Internet et la télévision a totalement bousculé les modèles économiques traditionnels, faisant passer d’une facturation à l’usage à une facturation forfaitaire. La quatrième License 3G qui lui a été attribué sera un facteur très déstabilisant pour les trois opérateurs actuels.

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Sortie du Journal of Virtual Worlds Research sur les biens virtuels

Le volume 2 numéro 4 du Journal of Virtual Worlds Research vient de sortir. Coédité avec Mandy Salomon, du CRC, le sujet est « L’économie virtuelle, les biens virtuels, et les services dans les mondes virtuels ».

Les articles couvrent des sujets très divers, allant des fermes Chinoises qui fabriquent et vendent des avatars de MMORPG à des travaux de fonds sur les relations entre économie réelle et économie virtuelle. Ils sont écrits par des spécialistes, tel Edward Castronova, Julian Dibbell ou Nic Mitham, et d’autres chercheurs, voire même un jeune étudiant tout frais sorti du lycée, Eli Kosminsky. Les formats sont variés, vous y trouverez aussi bien du contenu écrit qu’une interview audio, un machinima, ou un essai en photos.

Je vous laisse au plaisir de le découvrir !!!

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Introduction à l’histoire de l’Internet

Je suis en train d’écrire mon prochain livre, et je vais vous en livrer ici quelques parties.

Introduction à l’Histoire de l’Internet

L’histoire elle-même de la construction de l’internet est intéressante, car elle n’est pas du tout linéaire. C’est une histoire de co-construction entre la technologie et l’être humain, fait d’essais erreurs, c’est l‘histoire d’une rencontre entre la technologie et les usages.

Il est nécessaire de tordre le cou à une idée reçue : Internet serait né de la demande des militaires Américains pour construire un réseau qui résisterait à une guerre nucléaire. Oui, cette demande a bien existée, mais elle n’est pas le point de départ de l’Internet. Il faut abandonner l’illusion d’un processus causal.

Internet n’est pas issu d’une chaîne continue d’événements, mais s’est construit sur la base d’un ensemble d’ingrédients : un environnement propice, des technologies sous-jacentes intéressantes, des projets qui se côtoient, des individus brillants, le tout dans un mode coopératif alimenté par une formidable pensée systémique. Il n’y a pas une, mais plusieurs chaînes de causalité qui se côtoient, interfèrent, et arrivent à créer un objet puissant dans une approche totalement auto organisée. Internet n’est donc pas un projet, avec des objectifs, un chef, et des moyens. Il n’y a pas de fiche de paye liée à Internet, et le mode de gouvernance de l’IETF nous rappelle que beaucoup d’éléments conceptuels, et de lignes de codes, ont été réalisés par des équipes auto gérées, qui comportaient parfois par des bénévoles.

Internet est l’illustration de la percolation[1] comme schéma sous-jacent à de grandes innovations : des individus qui deviennent des agrégats, des îlots isolés, puis des équipes animés par une pensée commune, qui arrivent petit à petit à se retrouver et à créer un objet cohérent, sans qu’il y ait besoin d’un « grand dessein ».

Nous pouvons structure l’histoire de l’Internet en cinq phases : la préhistoire, qui concerne tout le substrat technologique, et d’usage, dont l’Internet s’est nourri, qui dure de la fin du XIXème siècle jusque 1961, date du premier des articles fondateurs. Puis la gestation de l’Internet, de 1961 à 1969, date de la première interconnexion Le réseau grandit jusqu’au début des années 1990, date à laquelle deux évènements indépendants créent une explosion : la libéralisation de l’Internet, et l’invention du Web. Puis l’époque moderne, que nous vivons actuellement, ou Internet déborde dans nos vies de tous les jours, et change définitivement notre rapport à la connaissance, notre rapport aux autres.


[1] La meilleure image de ce qu’est la percolation est d’imaginer un ensemble d’îles, et une mer dont le niveau baisse. Les îles commencent petit à petit à se connecter les unes autres, puis forment des ensembles plus vastes, jusqu’à former un continent.

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L’Internet en danger ?

C’était trop beau. Les gouvernements de tous bords, indépendamment de toute tendance politique, ne comprennent pas plus Internet que beaucoup de patrons de grandes entreprises traditionnelles. Et lorsqu’on ne comprend pas quelque chose, la réaction la plus simple est de l’éteindre.

Internet véhicule des valeurs communautaires, et la force du réseau s’oppose à la hiérarchie, aux lobbys. Comme je l’ai déjà écrit dans ce blog, jamais la phrase de Napoléon n’a été aussi forte : « Le commerce unit les hommes; tout ce qui les unit les coalise; le commerce est donc nuisible à l’autorité ». Ce brave Napoléon, qui a vendu le quart du territoire Américain, et avec, le contrôle des gués du Mississippi, donc le blocage de l’expansion Yankee, pour un million de dollars, lui permettant de financer ses campagnes Européennes qui furent un échec total. Quel homme admirable, ce Napoléon…

Alors voilà, déjà il y a le débat sur la gouvernance de l’Internet, les Européens voulant la confier à l’ONU. Or, dans cette gouvernance, il y a un sujet sensible : le DNS. Un éclatement du DNS signifierait plusieurs Internet, et le réseau planétaire disparaîtrait. Déjà, Poutine a demandé à la Douma de plancher sur un DNS propre à la Russie, afin de pouvoir taper des adresses en Cyrillique. Mais voilà que les Chinois ont déjà ça depuis 2006 ! C’est encore plus efficace qu’un pare-feu…

Plus près de chez nous, la LOPPSI (je sais, ce n’est pas le site officiel, mais c’est ce que google ramène en premier; wikipedia en deuxième, et ce site en troisième), mais surtout l’absurde décision de l’Italie de superviser les vidéos sur les sites web.

Et voilà la cerise sur le gateau: l’Union Européenne projette de forcer les sites web de commerce électronique à avoir au moins une boutique physique ! Et en plus, c’est au nom de la concurrence que ce projet est lancé… Quelle farce !

Internet est un outil magnifique, mais fragile. Il appartient au patrimoine de l’humanité, il a été construit par des pionniers, qui avaient un idéal. Cet idéal devient une réalité. Il ne s’agit pas, une fois de plus, de rendre le monde meilleur, il s’agit juste de nous aider à nous adapter aux changements de l’environnement. Internet est justement l’outil idéal pour réaliser cette adaptation. Pourquoi ? Parce que le réseau est plus résistant que la hiérarchie dans un monde à la complexité croissante. Lors du 11 septembre, lors du tremblement de terre en Haïti, Internet seul a résisté au stress. Les entreprises en réseau sont plus performantes que les gros mastodontes hyper hiérarchisées. Et les salariés proches du terrain se mettent justement en réseau pour être plus efficaces, comme l’illustre le magnifique forum des enseignants du primaire.

Alors, il ne reste plus qu’une chose : la formation. C’est mon combat au quotidien : former les individus à comprendre Internet, ses enjeux, la transformation du monde qu’il induit et accompagne. Et je n’ai eu jusqu’à maintenant qu’à me féliciter de l’ouverture et de l’écoute des dirigeants de PME, des étudiants, des quidams, avec qui j’ai eu le plaisir de partager ma vision.

J’aimerais tellement que nos hommes politiques, nos leaders, nos PDG, nos têtes pensantes, aient l’humilité de se former à Internet. S’ils comprenaient, ils seraient plus performants, plus estimés par leur élus. On arrêterait de manger des tranquillisants, on travaillerait plus efficacement, on arriverait à mieux combiner vie personnelle, vie familiale, vie professionnelles; trois facettes de nous-même tellement imbriquées. C’est toute la refondation d’une systémique qui est à faire. Et la bonne nouvelle, c’est que l’outil Internet arrive à point nommé pour nous y aider.

A condition d’apprendre à s’en servir.

La force des relations en peer to peer, et comment en générer de la valeur

Parmi les trois innovations qu’Internet accompagne, et amplifie, la capacité pour une entreprise, une collectivité, un gouvernement, de discuter efficacement avec la communauté est d’une puissance extraordinaire. Mais encore faut-il savoir l’exploiter. Soyons clairs : ce n’est pas facile de communiquer avec une communauté, surtout si l’on pense encore relations verticales. On voit trop souvent des sites web qui ne sont pas mieux que la télévision, ou plutôt, une combinaison amusante et peu efficace entre le questionnaire individuel et le dépouillement, un modèle consommateur de ressources.

Ce modèle n’est pas efficace, parce qu’il ne favorise pas ce qui fait la force d’une communauté: les relations horizontales, autrement dit, le peer to peer. Comme le dit si bien Moore dans son livre « crossing the chasm », il vaut mieux trois clients qui se parlent que dix clients qui ne se parlent pas. Donc, faire du codesign avec ses clients, ses citoyens, ce n’est pas leur poser des questions, récolter leur réponse, et les analyser. C’est avant tout les faire parler entre eux. Pourquoi diantre les faire parler entre eux, me répond le spécialiste des instituts de sondage?

  • Premier avantage, l’expression libre est bien plus riche que des questions qui sont, par construction, orientées.
  • Deuxième avantage, il y a beaucoup plus de contributions; quand on voit les organismes de sondage prétendre connaître la vérité avec 1000 français, alors que chaque mois il y a trois millions de messages nouveaux dans doctissimo, il est possible de s’interroger.
  • Troisième avantage, les tendances lourdes y sont plus simples à détecter, elles deviennent évidentes.
  • Quatrième avantage, les signaux faibles ont plus de chance à émerger, grâce à l’effet « longue traine ».
  • Cinquième avantage, oublier l’effet « concours Lépine« , c’est à dire des dixaines de milliers de propositions à analyser, sans grande utilité pratique de nos jours; la communauté reste finalement la meilleure manière d’analyser la multiplicité des réponses.

La richesse est donc générée par la capacité d’échanges. Quel est alors le meilleur outil pour capter cet échange? Le forum est fantastique, mais il lui manque un outil statistique. C’est pourquoi une génération de plateformes a vu le jour, combinant les principes du forum de discussion avec le principe du vote. Citons par exemple uservoice, feedback 2.0ideascale, userecho, etc…

En terme d’usage de ces plateformes, je voudrais au passage en oublier une par sa nullité affligeante : débats SNCF (18412 inscrits, la faiblesse de ce chiffre est compréhensible, quand on sait que le site voyages-sncf s’est fait incendier parce qu’il ne donne pas les bons horaires des trains, et que la seule réponse officielle de ce lieu de débat fut « vous n’avez rien compris, nous servons deux millions de visiteurs par jour »…). En revanche, je voudrais en citer deux exemplaires : Dell ideastorm, et openinternet.gov, du gouvernement Américain.

Dell ideastorm est le lieu où Dell privilégie ses relations avec la communauté. Lancée il y a deux ans environ, les chiffres de cette plateforme sont éloquents : le 1er mars 2010, la communauté a généré 13636 idées, voté 714975 fois, posté 88934 commentaires. Mais surtout, Dell a intégré 409 de ces idées dans ses produits. Voici une entreprise qui non seulement fait émerger des idées de la communauté, mais qui sait les utiliser.

Mais surtout, et c’est la raison de ma question à madame le secrétaire d’état en charge de la prospective et du numérique, qui vient d’installer un groupe d’expert en charge de la neutralité du net : bien sûr tout le monde connait l’initiative du gouvernement Américain analogue. Mais surtout, il faut dire que le gouvernement Américain utilise cette excellente méthode, qui consiste à faire émerger des idées de la communauté en la faisant discuter entre elle. Le lien est ici : http://openinternet.ideascale.com/.

Alors voilà, il est prévu de lancer, début mars, une consultation publique sur Internet. Nous sommes début mars, je ne sais pas encore où est cette consultation publique. Mais j’aimerais tellement que mon pays devienne efficace, et que cette consultation soit plus proche du modèle américain que du modèle SNCF….

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L’introduction de Robert Vinet au barcamp sur les mondes virtuels

Un excellent barcamp sur les mondes virtuels, accessible via #vwparis pour les habitués de twitter.

Robert Vinet nous a fait une introduction remarquable, que voici.

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le mendiant, le cuisinier et le juge; ou l’économie de l’immatériel au moyen âge

C’est une histoire unique, que l’on retrouve dans plusieurs pays du monde, au moyen âge. On la retrouve en Corée, en Chine, en Afghanistan, en Angleterre, en Bretagne. Après quelques recherches, je pencherai pour un des contes de Nasr Eddin Hodja. Si un historien peut m’aider sur cette quête, je lui en serais reconnaissant.

L’histoire est la suivante: un mendiant s’approche d’un bon restaurant, mais est trop pauvre pour rentrer. Le cuisinier est furieux de le voir rôder autour de son établissement, tente de le chasser, et finalement lui demande de l’argent. L’affaire va devant le juge, qui écoute les parties, le mendiant disant : « je n’ai pas consommé, donc je n’ai pas à payer », et le cuisinier rétorquant « il n’a pas mangé mais il a humé; or l’odeur comme la saveur est le fruit de mon expertise, donc il doit payer ».

Nous pouvons y voir déjà une confrontation entre deux types d’économie : une économie de la matérialité, ou la valeur est dans un objet physique, la nourriture dans ce cas, et une économie de l’immatérialité, ou la valeur est dans un élément intangible, à savoir le résultat d’une expertise. Que cette histoire se passe au moyen-âge, et qu’en plus son rayonnement couvre une géographie encore plus vaste que l’empire de Gengis Khan, en illustre l’importance. Nous sommes là devant une des vielles légendes de l’humanité.

La solution apportée par le juge est encore plus intéressante. Tout d’abord, j’ai coutume, lorsque je la raconte devant un auditoire, de demander qui prend partie pour le mendiant, et qui prend partie pour le cuisinier. Bien sûr, très peu sont du côté du cuisinier. Il est vrai que demander de l’argent à un pauvre mendiant qui n’a rien dans le ventre n’est pas très sympathique. Mais, bizarrement, très peu sont aussi du côté du mendiant. Pour moi, la raison de cet embarras réside dans le fait que, même aujourd’hui, nous ne sommes pas dans l’économie de la matérialité. Sinon, pourquoi irions-nous payer cher dans un étoilé du Michelin, alors qu’un simple MacDo offre de la nourriture pour un prix beaucoup moindre. Donc, nous donnons raison quelque part au cuisinier, surtout lorsqu’on sait que la langue ne distingue que très peu les saveurs; en fait elle distingue essentiellement chaud – froid, et acide – base. C’est l’odeur qui fait la beauté. Tous les amateurs de vin le savent, mais surtout une expérience simple le montre: il suffit de bander les yeux d’une personne, et de lui donner à manger une pomme en lui faisant humer une poire.

Donc, comment le juge réconcilie-t-il les deux économies, et les deux parties ? Il se tourne vers le mendiant, lui demande une pièce de monnaie; le mendiant, probablement furieux d’avoir perdu, lui donne son unique pièce. Le juge se tourne alors vers le cuisinier, fait tinter la pièce, lui dit « Tu as entendu ? Tu es donc payé », et rend la pièce au mendiant. Que fait le juge en fait? En mettant de la valeur dans un son, il crée une monnaie alternative, ce son qui, aujourd’hui existerait sous la forme d’un fichier MP3, et serait appelé un bien digital.

Ces fameuses monnaies alternatives ne sont pas récentes, et ne sont pas limitées à quelques rares exemples. Les miles des compagnies aériennes, les SEL, les SOL, sont autant d’exemples de telles monnaies. Le site « the transitioner » en recense de nombreuses, et Thierry Gaudin a fait un article intéressant sur ce sujet. Les mondes virtuels, qui ont inventé des monnaies parallèles, font circuler des sommes colossales. On estime à 3 milliards de dollars le montant dépensé en 2009 en biens digitaux. Twitter s’y met également, en inventant une monnaie, le twollars. Ce twollars peut s’échanger via twitter (le compte s’ouvre avec 50 twollars), mais peut s’acheter pour un prix de 10 centimes le twollars sur des sites de charité. Contrairement à Second Life, Twitter n’encaisse pas d’argent.

Une fois de plus, Internet n’invente pas de nouvelles formes sociales. Il nous permet de revisiter des formes anciennes, de les remettre au goût du jour, et de les amplifier.

Autant le champ de la technologie construit un corpus de connaissances qui ne cesse de s’enrichir, autant le champ du social n’est qu’une constante revisite.

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