« Le téléchargement illégal fait mal, ça détruit »
Madame le Ministre,
si c’est ainsi que vous commencez votre travail, je suis très inquiet. Cette phrase montre deux faits: premièrement, vous ne semblez pas comprendre ce qu’est la nouvelle économie portée par Internet, alors que vous êtes en charge de la prospective; et deuxièmement, vous ne semblez pas voir où sont les vrais problèmes du numérique.
Parlons du premier fait. Sans faire un cours d’économie, je dirais simplement la chose suivante: l’économie de l’immatériel est une économie d’abondance, alors que l’économie matérielle est une économie de rareté. Lorsqu’on partage un bien matériel, il se divise. Lorsqu’on partage un bien immatériel, il se multiplie. Les règles économiques qui gèrent la vente de pizza ne sont absolument pas les mêmes que les règles économiques qui gèrent la vente de la musique. J’ai déjà expliqué cela dans un ouvrage écrit en 2004 et paru aux éditions du Pommier.
Internet porte les valeurs de l’économie de l’abondance. Or, tout le jeu actuel de l’industrie du contenu (musique comme film) est de nier ce fait, et de retourner le plus possible à une économie de rareté, par exemple avec les DRM (stupidité qui est actuellement en train d’être abandonnée…) ou bien en infligeant de lourdes amendes à des « pirates » qui ont mis à disposition du contenu.
Madame le Ministre, avez-vous lu l’excellente analyse de Roberto di Cosmo en 2006, qui montrait que le modèle économique nouveau de l’Internet apportait plus d’argent au créateur que le modèle ancien ? Avez-vous regardé des sites comme Sellaband, qui sont des modèles en peer to peer où des passionnés investissent dans des créateurs pour leur permettre de lancer un CD ? Avez-vous lu cet article paru en 2002 dans le New York Times, écrit par Kevin Kelly, un des deux fondateurs de Wired magazine, qui montrait déjà le déplacement de la valeur dans l’industrie de la musique ?
Madame le Ministre, savez-vous ce qui va se passer si l’on continue de protéger les retardataires qui refusent de comprendre que le monde change ? C’est très simple, l’industrie du contenu va mourir, parce que toute protection empêche une industrie de se transformer en innovant. Et comment va-t-elle mourir ? Par assèchement de son catalogue. L’objectif numéro un d’un créateur moderne est de se faire connaître, et justement Internet le permet, en favorisant la transmission rapide de sa musique. Une excellente étude de 2003 publiée par la Sloan School a montré qu’Internet, au travers de l’effet « longue traine » (effet pas toujours très bien compris) avait apporté 500 millions de dollars supplémentaires à l’industrie du livre, uniquement en vendant des livres peu connus. Si elle ne pense pas la modernité, l’industrie traditionnelle du contenu va peu à peu réduire son catalogue à un mélange d’artistes vieillissants et de « Star Academy ». Ce n’est pas très palpitant…
Maintenant, deuxième point : quels sont les vrais problèmes ? Madame le Ministre, je ne me permettrai en aucun cas de faire votre métier, je me contenterai de trois simples réflexions.
En premier lieu, je citerais le problème du très haut débit. L’ADSL est une absurdité, pas seulement à cause de son débit ridicule, mais à cause de son « A ». Peu de personnes en connaissent sa signification : « Asymétrique ». car l’ADSL a été inventé par des ingénieurs des Télécommunications, qui ont raisonné en terme de vidéo à la demande. Ils ont donc privilégié le download, au prix d’un upload à très bas débit (entre 512kb/s et 1Mb/s). Ils ont raisonné culturellement en pensant un monde où les relations sont verticales; ce monde ancien que, justement, l’industrie du contenu veut maintenir.
Seulement, Madame le Ministre, Internet n’est pas la télévision, Internet est une technologie de pair à pair, horizontale. A partir de là, le citoyen veut uploader son contenu, que ce soit sur youtube, dailymotion, flickr, ou bien tout simplement pour envoyer ses photos à ses amis, à sa famille. Pourquoi diantre obérer ainsi l’upload ? Il faut donc du très haut débit symétrique. La solution existe, elle a déjà été déployée ailleurs, la fibre optique. D’autres hommes politiques ont eu le courage de construire des routes, des autoroutes, des chemins de fer. Il faut avoir le courage aujourd’hui de construire un véritable réseau en fibre optique (oserais-je rappeler ce qui est arrivé à Tours, à Orléans, qui par conformisme ont refusé le train???), et là se situe fondamentalement le rôle de l’état.
Continuons sur les grands chantiers: la mobilité est en retard en terme d’usage. Pourquoi? Essentiellement le modèle économique outrancier des opérateurs de télécommunication (savez-vous que, dès que vous surfez en dehors de la France, il vous est facturé entre 5 et 10 euros par mega-octet transféré ??? Ce n’est pas comme ça que nous aiderons nos PME à aller vendre à l’étranger…). Un quatrième opérateur, qui viendrait avec une culture Internet, des modèles économiques en pair à pair, qui aiderait par exemple à installer des Femtocells partout, cela ferait un grand bien, cela permettrait véritablement de donner les conditions d’un nouvel élan économique, au travers de l’explosion des usages en mobilité.
Autre exemple, il faut moderniser l’image des métiers de l’Internet. La DUI a lancé le portail des métiers de l’Internet, dont la deuxième version va sortir prochainement. Il est surprenant de constater que, pour beaucoup de personnes, travailler dans l’Internet signifie être assimilé à un Geek, un « nolife », bref, à quelqu’un de perdu. C’est du gâchis. Lorsque j’ai créé en 2000 ma première start-up, et je me suis aperçu, en allant ouvrir la filiale Américaine dans la Silicon Valley, que la technologie française était extraordinairement considérée. Il ne faudrait pas que nos compétences naturelles se perdent, il faut favoriser l’enseignement de l’Internet dans l’enseignement supérieur, dans ses dimensions technologiques, économiques, sociales, comme je l’ai déjà exprimé ici.
Madame le Ministre, vous savez que ce n’est pas par la consommation que nous nous sortirons de la crise, mais par la production intelligente et la valorisation de tous nos savoirs-faire. La première mission que les Français attendent de votre administration ne serait-elle pas de faire en sorte, par tous les moyens, qu’Internet soit le vecteur de transformation, et qu’il aide les entreprises à innover, et les citoyens à participer? Si la complexité chère à l’administration de notre pays vous empêche d’en avoir tous les moyens, auriez-vous au moins la rage de convaincre les autres administrations qu’il faut travailler autrement? Car, Madame le Ministre, Internet n’est plus le monde du « OU », mais celui du « ET ».
Le monde évolue et devient un lieu d’échange en pair à pair. Aux modèles économiques verticaux classiques de l’industrie, Internet supporte la transformation vers un modèle horizontal, de place de marché. C’est là que se situe le rôle principal de l’État: faire en sorte que cette place de marché soit porteuse de nombreuses interactions. L’État se doit de fluidifier les échanges, votre administration se doit d’y contribuer, en apportant aux entreprises et aux citoyens la meilleure infrastructure au meilleur coût. Les services y viendront par eux-même.
Madame le Ministre, laissons-donc les vieux modèles économiques mourir de leur belle mort, et construisons tous le futur, un futur qui sera supporté par un réseau à très haut débit symétrique.


Pingback: links for 2009-01-17 « Mogore
#1 par Jean-Pierre Corniou à 18 janvier 2009 - 11:03
Citation
Bravo, Serge, pour cette belle synthèse… La transformation des modèles économiques, culturels et sociaux que le web induit depuis quinze ans reste, malgré la démonstration par les faits, le succès de nouveaux acteurs comme eBay ou Amazon, ou PriceMinister, désépérement incomprise par « l’élite française »… Ce sont les mêmes qui ont inventé les trente-cinq heures et le « travailler plus pour gagner plus », deux aberrations économiques à l’ère de l’immatériel et qui n’ont rien fait pour résoudre un des problèmes structurels de l’économie française, l’indigence de l’offre dans l’économie de l’immatériel.
je conseillerai à NKM de lire avec attention le magnifique essai de Yochai Benkler « The wealth of networks : how social production transforms markets and freedom ». Dans un pays où l’élite ( so called…) se réfugie dans le « corps des Mines », dont on voit bien que ce modèle répond parfaitement à l’économie du XXIe siècle, il est bien difficile de comprendre que c’est dans les 63 937 000 habitants que réside l’intelligence du pays.
Il faudra continuer jusqu’à quand pour faire comprendre que la matière grise est la seule matière première infiniment exploitable, et que le vecteur de cette matière grise est le web. Non ce ne sont pas les grands corps qui produisent de la valeur, mais le produits des interactions de tous les acteurs du réseau.
Outre quelques bons livres français sur le sujet
#2 par JeanHuguesRobert à 18 janvier 2009 - 21:34
Citation
1/ Je ne sais plus qui disait en substance : le rôle de l’état n’est pas d’organiser le futur, c’est de le rendre possible.
Dit autrement, le rôle de l’état n’est pas de protéger les status-quo et les positions dominantes.
Force est de constater qu’en réalité c’est souvent l’inverse qui se produit…
2/ C’est un peu sarcastique peut-être mais certains pensent que l’avenir de la France c’est le Tourisme. Et c’est vrai que plein de nouveaux riches de tout autour du monde adorent nous rendre visite.
Qu’en pensez vous, faut-il promouvoir le changement ou protéger le patrimoine ?
#3 par Serge à 18 janvier 2009 - 22:50
Citation
Merci du commentaire, Jean-Hugues.
Je pense, paradoxalement, que le patrimoine, c’est ce qui protège la culture. La culture c’est le contenu, le patrimoine c’est la valorisation, donc forcément, ce qui subit le temps. En promouvant le patrimoine, on déporte le focus du changement, et on préserve la culture…
#4 par Philippe B à 18 janvier 2009 - 23:04
Citation
Vous auriez pu étayer votre argumentaire en citant l’exemple très récent de la VPC.
La CAMIF nous fournit un très bon exemple de grand groupe (certes moins important qu’un Vivendi-Universal, mais tout de même très pertinent) ayant refusé la « nouvelle économie » (sans non plus lutter férocement contre, à la différence des majors), le Net, pour finalement s’apercevoir « qu’il est trop tard »…
La dématérialisation à lieue aussi dans le monde de la musique, les moyens de production musicaux sont désormais à la portée de tout un chacun, les maisons de productions n’ont donc plus vraiment beaucoup de choses à apporter aux artistes. De nouveaux acteurs, uniquement orientés vers la vente et la promotion/découverte de musique, tels qu’Apple iTune et MySpace, pourraient dans les années qui viennent se montrer comme ayant été les eBay et autres Amazon de leur temps et de leur industrie.
Aussi, il aurait pu être intéressant de parler du monde de la vidéo et du cinéma, où l’année 2008 à démontré que le contenu fait tout, puisqu’il n’y a jamais eut autant de places de cinéma vendues en France. Et il sera donc désormais difficile à l’industrie du cinéma de nous dire « le piratage de films tue la création »… alors que l’industrie se porte plutôt bien. Certes la vente de DVD n’est pas à son plus fort, mais les offres Video on Demand (VoD) rencontrent leur publique et font de plus en plus d’adeptes. Et c’est là que le Très Haut Débit intervient, avec des arguments bien plus forts que ceux de la symétrie et de l’upload de vidéo/photos, dont le modèle économique reste à valider. En effet, il faut savoir que toutes les lignes ADSL de notre beau pays ne permettent pas la réception de films en VoD, de par leur débit trop faible et c’est bien là qu’est le plus grand frein à une adoption très large de ce type d’offre.
Enfin, c’est mon opinion
#5 par Serge à 19 janvier 2009 - 11:16
Citation
Merci Philippe, de votre contribution.
J’aurais pu citer plus, effectivement, et il y a plein d’exemples qui montrent que l’économie Internet est productrice de valeur. Mais je ne souhaitais pas ici faire un cours complet d’économie de l’immatériel. Déjà l’analyse de 2003 sur la longue traîne est frappant. Quand au A de ADSL, il me servait surtout à montrer que les opérateurs télécom ont une approche culturelle qui n’est pas celle de l’Internet.
Au passage, je cite l’excellent article de Jean-Michel Planche.
#6 par Nicolas Mas à 19 janvier 2009 - 15:15
Citation
Super billet qui a le mérite d’être sans fausse condescendance. Il faut avancer et accepter de voir les choses en face. Il serait temps en France de basculer vers une culture de la remise en cause associée à un courage assumé. Surtout de la part de la classe politique, sponsor par excellence… car là nous tendons au ridicule.
Tout à fait d’accord avec ton analyse & raisonnement, tu as tout mon soutien.
#7 par Luc Fayard à 19 janvier 2009 - 16:19
Citation
Bien dit, Serge! Un style un peu condescendant peut-être, par l’effet de répétition de « Madame le Ministre » qui peut braquer…
Mais je connais, un peu, NKM, elle est très ouverte, donc tes messages devraient passer.
Pour ne pas être taxé d’être partisan, j’aimerai te lire sur deux ou trois points:
- comment faire la distinction entre le comportement individuel de l’internaute qui n’est pas un pirate même s’il consomme des œuvres piratées et celui de sites ou d’organisations structurés pour diffuser ces œuvres piratées?
- comment encourager la création artistique, quel modèle motivant peut-on proposer aujourd’hui aux créateurs?
- comment concilier la force grégaire d’internet où tout le monde copie tout le monde et le processus de création qui doit rester un acte de rébellion?…
- quel est le moyen le plus simple de faire sauter la protection des fichiers m4p achetés sur iTunes??????….
- est-ce que madame la ministre peut faire en sorte que l’achat de mp3 sur amazon.com ne soit pas réservée qu’aux résidents US ce qui est une entrave invraisemblable à la liberté du commerce et de la consommation???????…..
#8 par serge à 19 janvier 2009 - 17:11
Citation
Merci, Luc.
Moi, je ne sais pas bien comment m’adresser, alors je dis « Madame le Ministre », n’ayant pas l’honneur de la connaître (même si son père est mon maire
, donc je m’excuse si cela peut paraître condescendant… Mais NKM est trop familier pour moi…
Sur tes cinq points :
1) de la même manière qu’on sait aujourd’hui filtrer les spam sur les blogs, il ne devrait pas être compliqué de faire la distinction entre ceux qui cherchent à gagner des sous illégalement et ceux qui sont dans la logique de partager des œuvres pour l’amour de l’art; enfin, j’imagine qu’en plus la police de l’Internet devrait éprouver plus de plaisir à traquer de vrais bandits que des jeunes qui n’y peuvent mais…
2) justement, le modèle du peer to peer : Sellaband, Slice the Pie, Spidart, Be Producer, My Major Company, indiegogo, etc… Plus youtube ou équivalent (à ce sujet, les Monty Python viennent de décider de mettre leur contenu sur youtube, c’est intéressant, n’est-ce pas??? …
3) Internet est un media neutre, contrairement à la télé ou à la radio. Internet ne véhicule que ce qu’on y met. Donc quand tu copie, Internet véhicule de la copie, quand tu y mets de l’originalité, Internet véhicule de l’originalité…
4) Apple vient d’enlever ses DRM dans la musique, non ??? Ca vient d’être annoncé partout (même si l’EFF renacle un peu
5) Ce serait une bonne idée. Idem pour la VOD… Les réflexes protectionnistes ont encore bon dos !!!
Voilà, espérons que tout ceci ira dans le sens de la modernité…
#9 par Bruno Marzloff à 19 janvier 2009 - 17:45
Citation
Serge, Le propos est excellent et vaut tout autant pour les collectivités territoriales dont la timidité sur ces sujets est à la hauteur de leur retard. C’est ce sur quoi nous tentons de travailler avec le programme Villes 2.0 avec nos amis de la FING.Bien à toi
Bruno
#10 par Pascal à 19 janvier 2009 - 21:09
Citation
Bonjour,
Je ne connais pas les personnes discutant sur ce blog mais, concernant le sujet, je suis quasiment à 100% d’accord avec vous! Je nuancerai simplement sur la « puissance économique » de l’immatériel… car, pour avoir de l’immatériel, il faut bien du matériel!!!
.
Autrement, il faut également savoir vers quelle société on veut tendre…
Autre question: quel est le lien de parenté entre le PDG de PriceMinister et notre nouvelle ministre (frère et sœur,…)? Il pourrait lui donner quelques notions sur ce sujet…
Bonne continuation.
#11 par Alain Garnier à 19 janvier 2009 - 22:28
Citation
Serge,
je vais totalement dans ton sens.
Pourquoi ne pas proposer de rencontrer Me le Ministre?
Chiche!
#12 par Christian SALLES à 20 janvier 2009 - 20:07
Citation
Serge
Beaucoup de symboles..
A sa nominationE Besson n’était joignable par Mail, son remplacement par NKM s’analyse plus comme une mise à l’écart que comme une promotion, enfin lorsque l’on observe que notre hyper-actif président a laissé E Besson présenter le plan économie numérique, on mesure la myopie qu’ont nos politiques vis à vis du potentiel de l’économie numérique et donc de la priorité à donner à ce vecteur d’avenir.
Je viens de regarder et d’écouter le discours d’investiture d’Obama. Misons que l’ego de notre président, qui tend déjà la main à Obama, sera le vrai catalyseur pour mettre enfin en oeuvre les idées et concepts innovant et iconoclastes que nous persistons.
A bientôt
#13 par Denis Pansu à 21 janvier 2009 - 0:34
Citation
Serge,
Ta réaction est bienvenue pour poursuivre l’évangélisation de nos responsables politiques…
Ce matin, NKM est venue visiter la Cantine, nous avons parlé identité numérique notamment en insistant sur les potentiels plutôt que de pointer immédiatement les risques.
Un espoir issu d’un ressenti direct : une écoute réelle permettant un vrai dialogue et une connaissance un peu plus poussée que la majorité des élus.
Il me semble que NKM serait en capacité d’engager le débat sur les termes que tu poses. A suivre donc…
#14 par Serge à 21 janvier 2009 - 0:46
Citation
Merci Denis.
Ce que tu dis est rassurant. Mais comment va-t-elle adopter la « digital attitude » ????
#15 par Marco PAULOT à 21 janvier 2009 - 4:32
Citation
Merci pour cette excellente analyse du présent et du futur immédiat: Ceci est la première analyse concrète et réaliste qu’il m’ait été donné de lire adressée à un ministre => Nathalie, lisez-le bien, personne ne saurait mieux expliquer la situation actuelle comme Serge a su vous la décrire (quel talent !).
Si vous êtes consciente de vos responsabilités en la matière, ce n’est plus l’option politique qui compte, mais les orientations si bien décrites dans cette lettre ouverte.
Avec mes remerciements, Serge
Avec mes respects dûs à votre fonction, Madame la Ministre,
Marco
#16 par Jacques NOIRBENT à 23 janvier 2009 - 12:15
Citation
Bonjour Serge,
Bravo pour votre billet.
La première preuve de la force (du pouvoir?) d’Internet, c’est la possibilité d’échanger. Pour preuve, c’est par le blog de notre ami JM Billault que j’ai pu connaitre l’existence de votre billet. Et l’échange est la base même de l’économie, virtuelle ou pas.
J’aimerai apporter également un commentaire sur la disproportion des moyens apportés par l’état pour développer l’économie numérique face à ceux mis en oeuvre pour soutenir l’industrie automobile: le plan de relance va injecter 5 à 6 milliards d’Euros dans les sociétés PSA et Renault, dont 10% seulement sont alloués à des démarches environnementale. C’est un comble pour notre ex-secrétaire d’Etat au développement durable!!!
Est-ce qu’en plus de vehiculer avec talent des idées pour débloquer l’avenir numérique vous pouvez donner quelques pistes pour ceux qui veulent agir dans le réel?
Bien à vous
#17 par Thierry à 24 janvier 2009 - 15:51
Citation
Concernant le secteur de la musique en ligne, voici ce qu’en disait Laurent Chemla dans son livre « Confessions d’un voleur » (disponible en ligne) qui est sorti en 2002…
http://www.confessions-voleur.net/confessions/node2.html :
Il leur sera nécessaire de réapprendre un métier de sélection, de classement et d’aide à la création pour offrir aux artistes et à leur public une valeur ajoutée qui ne dépendra plus de leur seule puissance commerciale. […] Nous assistons peut-être à la fin des industries dont le seul rôle était de médiatiser un contenu sans autre talent que la puissance financière. Pour survivre, elles devront offrir bien davantage car dorénavant, avec l’Internet, l’auteur dispose de tous les moyens de sa propre médiatisation.
http://www.confessions-voleur.net/confessions/node4.html :
Affirmer que le piratage va empêcher toute création, c’est faire preuve, au choix, d’un grand humour ou d’une certaine malhonnêteté. Le MP3 n’est pas dangereux pour les artistes, en revanche l’Internet et la libre diffusion de la musique par ses créateurs sont une véritable menace pour l’industrie du disque.
C’est à se demander ce qu’il s’est passé pendant toutes ces années…
#18 par hubert Vagner à 24 janvier 2009 - 16:35
Citation
Bonjour Serge
Ton message est excellent.
Même si NKM est très compétente, ne crois-tu pas que son secrétariat d’état est un gadget?
Il y a des antécédents.
Pingback: [Revue de Web] Mac, Economie, SocialNetworks, VirtualWorlds et toujours Twitter! ;)
#19 par David Dornbusch à 25 janvier 2009 - 9:58
Citation
Orléans peut etre, mais Tours n’a certainement pas refusé le train (ligne Paris Bordeaux) et a très bien vécu
David
#20 par PAMBOUC jean-paul à 25 janvier 2009 - 19:18
Citation
J’étais sur le point de vous demander si vous étiez capable de depanner mon imprimante(elle imprime en petit ce que j’ai sélectionné sur une page,c’est un modele HP psc 1210).
Mais plus sérieusement j’aimerai connaitre la façon de lutter contre la dépendance informatique des ados ?
#21 par DEYLORD à 25 janvier 2009 - 22:30
Citation
Mes félicitations pour ce message.
Seul point d’interrogation : est-ce que pour un secrétaire d’état on dit également : Ministre ?
#22 par Hugues Sévérac à 27 janvier 2009 - 1:19
Citation
Serge,
La réalité est quand même que le CA de l’industrie musicale s’effondre, alors que les pratiques d’écoute augmentent, ce qui laisse à penser qu’au bout du compte le piratage est néfaste à ce business.
Donc l’argument sur la longue traîne, issu de l’analyse du marché du livre (qui ne connait pas encore ces problèmes) n’est pas pertinent pour la musique
Ceci dit, la solution n’est pas de vouloir perpétuer l’ancien modèle
En réalité , on ne manque pas d’arguments pour le tuer:
- financier:
L’article de Di Cosmo me parait bien résumer la réalité: il serait plus efficace de mettre en oeuvre un procédé de licence globale (on le fait bien pour la TV, à travers la redevance et la taxe sur le CA des opérateurs télécoms)
- moral:
Quand un bon tiers de votre population a un comportement « illégal », c’est peut-être que la « loi » n’est plus adaptée à votre société.
- pragmatique:
A ce jour toutes les mesures pour contourner le piratage se sont avérées inefficaces, et on ne voit pas pourquoi cela changerait
- socio-économique:
Comme je le développe rapidement ici, le format physique est obsolète, et le concept d’album à du plomb dans l’aile, avec l’avènement des flux de titres personnalisés
L’analyse rationnelle devrait donc facilement convaincre, … si il n’y avait pas autre chose.
Derrière tout cette discussion, dans l’inconscient politique et électoral, il y a une remise en cause de concepts comme la propriété, le respect de la loi, le système marchand, le contrôle des artistes « improductifs », des comportements de la jeunesse…: une véritable boîte de Pandore.
Bien courageux(se) qui se risquera à l’ouvrir.
#23 par Hugues Sévérac à 27 janvier 2009 - 1:27
Citation
oops, le lien n’est pas passé:
http://hseverac.wordpress.com/2009/01/06/point-de-rupture-pour-lindustrie-musicale/
#24 par irina à 27 janvier 2009 - 2:43
Citation
Tres heureuse de voir que des gens se battent sur ce sujet
Merci beaucoup et bon courage
#25 par Serge à 27 janvier 2009 - 9:04
Citation
@Hugues :
le piratage : je vais plus loin que Billaut : nous sommes tous des pirates. Pourquoi ? Parce que la loi dit que l’écoute à plusieurs d’un morceau musical est réservé au cadre familial strict (conjoint et descendants).
Donc, dès que vous faites écouter un morceau de musique à un ami, vous devez payer la SACEM. Qui le fait ? Donc, soit on arrête de parler de piratage, soit on est tous des pirates.
Les lois ne sont plus conformes aux usages, c’est tout. Je suis d’accord avec tout le reste.
@Jean-Paul : la dépendance des ados se soigne comme la dépendance à la télé, aux romans, bref à tout leur échappatoire : par une présence adulte discrete et responsable. Enfin, il me semble…
Maintenant, il semblerait que Nathalie Kosciosko-Morizet soit plus intéressée par le green business que par le numérique… Si c’est vrai, alors qu’elle n’oublie pas que le green, c’est comme Internet, ça se gère avec beaucoup d’innovation technologique et un peu de loi, mais pas beaucoup. Mais bon, lit-elle seulement les blogs ?
#26 par Xavier à 27 janvier 2009 - 18:49
Citation
Je suis malheureusement loin d’être sur qu’elle lise les blogs – a part peut être celui du monde -
J’ai trouvé, sur le blog de Korben, un exemple d’une distribution musicale alternative :
http://www.korben.info/il-offre-sa-musique-gratuitement-sur-le-net-et-gagne-42-millions-de-dollars-par-an.html
Je pense que cela illustre bien le propos.
Peut être faudrait-il envoyer cette lettre ouverte à madame la ministre? Par email ou courrier…
Pingback: Superbe exposé sur la necessité de repenser le copyright « Cool Talk
#27 par Céline Ertalif à 8 février 2009 - 20:19
Citation
Bonjour,
Je découvre almatropie via la publication de cet (excellent) article sur Agoravox ( ici)
Je suis plutôt intéressée par cette idée synthétisée dans l’opposition entre économie de la rareté et économie de l’abondance. Le problème est tout de même de savoir s’il y a encore de l’économie quand il y a abondance. Je pense que nous avons surtout quelques difficultés d’articulation entre la rareté qui s’accentue sur certains biens qui n’ont pas forcément de valorisation économique en raison de leur abondance originelle (la qualité de l’eau, de l’air et des plages bretonnes… par exemple, mais c’est la question des limites de la Nature et de la palnète) et d’autres biens qui ont une valorisation économique en raison d’une histoire et pour lesquels les capitalistes sont prêts à restaurer un ancien régime d’octrois, de licences, de brevets et autres DRM pour sauver leur accumulation. La seule idée géniale de Karl Marx reste valide : le concept de « fétichisme de la marchandise ». Je résume : A-M-A et non pas M-A-M, la marchandise sert à faire circuler de l’argent (ou de la valeur) et non pas le contraire.
« Le monde évolue et devient un lieu d’échange en pair à pair ». C’est dans les 63 937 000 habitants que réside l’intelligence du pays, poursuit JP Corniou. Oui, avec le blog et le wiki, nous sommes en train de contester radicalement le caractère individuel de la création intellectuelle. Le grand changement qui fait lentement son chemin, c’est que l’imaginaire est un phénomène social qui est réinterprété par les individus. L’auteur et les autorités tombent de leurs piedestals, et donc l’état aussi.
Je ne pense pas que le problème soit de dire qu’un nouveau monde impose de nouvelles règles pour renverser l’ancien. Il faut articuler : faire circuler le savoir-faire au prix qu’il coûte, rien, et ralentir la circulation des marchandises qui détruit la planète. J’ai lu plus haut qu’il fallait que les collectivités locales s’investissent dans le développement du THD : je suis bien d’accord, et je fréquente le sujet de relativement près, mais le problème c’est le contrôle des règles qui sont instables et qui fourmillent de droits et d’octrois.
Concrètement, j’aimerai savoir ce que le créateur de l’HETIC propose comme méthode de développement culturel internet dans une communauté de communes de 20 000 habitants. Nous avons bien déjà quelques idées, mais on est preneur…
#28 par Serge à 8 février 2009 - 20:41
Citation
Bonsoir Céline,
Vous posez des questions difficiles, et limites de la politique, sujet où je ne suis pas du tout à l’aise
.
Quand vous vous demandez par exemple s’il peut y avoir encore de l’économie quand il y a abondance, moi je crois qu’il y a toujours quelque chose qui se nomme économie quel que soit le contexte, heureusement d’ailleurs… Et puis, parler de « capitalistes » et faire le lien avec les DRM, moi je ne sais pas bien ce que c’est aujourd’hui, pas plus que les communistes et autre partageux qui ont empêché mon grand-père de retourner dans son pays natal en 1919 et l’ont forcé à venir ouvrir une teinturerie en France n’ont à voir avec ceux d’aujourd’hui… Il faut relire Italo Calvino !
Et puis, les blogs et des wikis, dès fois je me dis que ça ne sert qu’à remplacer un ancien ordre par un nouveau; je rencontre chez certains collègues pourtant porteur en public des valeurs du Web 2.0 des réflexes traditionnels de « penseurs sachant qui n’écoutent pas beaucoup les autres » et finalement peu désireux d’abandonner toute idée de hiérarchie; tout comme j’ai rencontré des personnes dans des entreprises profitables et capitalistes mettant pourtant en œuvre de réelles mécaniques modernes en peer to peer. Alors voilà, la vie c’est compliqué, et j’essaye de ne plus trop étiquetter
Quand aux idées sur la commune de 20.000 habitants, c’est gentil de me demander, le pire c’est que je pourrais en avoir sans problème. Mais j’imagine qu’aucune ne remplacera l’expérience que vous portez, ou plutôt qui vous porte, alors je serais modeste
Merci !
Serge
#29 par Céline Ertalif à 8 février 2009 - 21:04
Citation
Serge,
Je suis sans doute plus qualifiée en politique qu’en TIC… Cela dit, cela a beau être compliqué par nature la politique, la citoyenneté doit être partagée. Les défenseurs des DRM ont des problèmes de capitaux, on ne saurait le nier.
Cela dit, les vrais débats politiques sont de vrais débats tout court. Personnellement, je suis chez les Verts et je voudrais plutôt que nous soyons un parti de la technologie qu’un parti de l’écologie. Parce que l’écologie est une science alors que la technologie ne l’est pas du tout au sens propre du terme : c’est une réflexion, un logos, sur les usages de la technique (voir ce que J Ellul en dit).
Conclusion, pour revenir, à mes petites préoccupations concrètes : c’est sûrement parce que vous êtes modeste que vous allez avoir envie de nous aider un peu…
#30 par Serge à 9 février 2009 - 12:37
Citation
« La science, c’est ce que les pères apprennent aux fils, la technologie c’est ce que les fils apprennent aux pères »
OK si je peux vous aider : serge aligoté almatropie.org
Merci…
#31 par Earered à 9 février 2009 - 15:55
Citation
>Autre exemple, il faut moderniser l’image des métiers de l’Internet. La DUI a lancé le portail des métiers de l’Internet, dont la deuxième version va sortir prochainement. Il est surprenant de constater que, pour beaucoup de personnes, travailler dans l’Internet signifie être assimilé à un Geek, un “nolife”, bref, à quelqu’un de perdu.
Le SYNTEC essaye de faire un petit peu la même chose vis à vis des lycéens et des métiers de l’informatique.
Mais le problème doit se mordre la queue vu le manque considérations des chargés de cette mission vis à vis des personnes interrogés.
Pingback: links for 2009-02-13 « WhilelM’s little Wor(l)d
#32 par Virginie Pré à 16 février 2009 - 0:59
Citation
wouahouhhhh ! je viens de prendre connaissance de ce billet et je suis admirative de sa clarté et de sa justesse. Egalement très touchée des similitudes entre ce que permet internet et les valeurs du principe féminin , qui manquait tant jusqu’à présent dans l’économie.
#33 par JC Guyonneau à 9 mars 2009 - 12:33
Citation
Article trés utile a la réflexion , je ne sais pas ce qui se passe dans la téte du ministre , ce que je sais que par dela la reflexion sur les biens immatériels le problémé du patrimoine commun est posé : Pour la creation artistique virtuelle , le logiciel Libre encore une fois menacé ,tout ceci est a rapproché des graines et semences destinées a la culture et a l’alimentation humaine : c’est un patrimoine commun inaliénable.
La logique marchande conduit a des impasses : la mondialisation qui s’auto detruit actuellement : Faire produire a bas cout par les miséreux de l’Hémisphére sud des biens materiels que le nord ne peut plus acheter pour cause de pauvreté généralisée ….
La pauvreté intellectuelle de ce gouvernement est invraissemblable.
#34 par Kolia A. à 9 mars 2009 - 13:21
Citation
Et l’aspect technique de cette nouvelle loi ? Quelqu’un y a-t-il tout simplement pensé ? Une adresse ip = une personne !!! Une aberration technique ! Ce sera l’internet à deux vitesses. L’une pour les utilisateurs lambda et une pour les autres, ceux qui veulent vraiement tricher.
#35 par Fel à 9 mars 2009 - 22:38
Citation
Great article, or at least, great from what I’ve understood with Google’s translation
It’d be great to read a proper translation to English, or even to Spanish, so we could shouw it to César Antonio Molina, Spanish Minister of Culture, who is following France’s steps on HADOPI.
#36 par Serge à 10 mars 2009 - 0:28
Citation
@fel :
I have translated it in English. Sorry, I do not speak Spanish..
http://blog.hyperdoxe.net/2009/03/about-the-french-graduate-response-law/
Thanks
Serge
Pingback: Chez Serge » About the french “Graduate response” law
#37 par serge à 10 mars 2009 - 8:11
Citation
Trois posts récents qui parlent de ce message :
http://www.pcinpact.com/actu/news/49596-lettre-ouverte-nathalie-kosciusko-morizet.htm
http://www.france-info.com/spip.php?article258884&theme=36&sous_theme=41
http://www.actualitte.com/actualite/8688-DRM-diffuser-auteurs-oublier-editeurs.htm
Pingback: Comprendre les raisons et les risques de la loi Hadopi - Création & Internet | ReadWriteWeb France
Pingback: Le garage de Serge Soudoplatoff 5 (ESCP, HETIC, Almatropie…) | Bluetouff's blog
#38 par Alain à 10 mars 2009 - 16:55
Citation
Bien sur
Une chose.
Celui qui decouvre un nouveau médicament peut l’exploiter exclusivement pendant 20 ans si l’on décompte les 5 ans mini entre le brevet et autorisation de mise sur le marcher reste 15 ans. Aprés des millions dépensés, des années de recherche c’est un minimun, et un vrais sevice rendu aux autre.
Si quelque débile du type Johnny Haliday annone trois mots en faisant boum boum il peut gagner de l’argent en dormant lui et ses enfants j’usqu’a 70 ans aprés sa mort.
Limitons le droit d’auteur à 20 ans apres la parution, et faisons le respecter.Il s’instaurera une concurence entre les vieux trucs et le nouveaux, rique de rigolade.
Ce qui n’empechera pas Johnny de soigner sa sciatique en se produisant sur scene, alors la il gagnera de l’argent mérité
#39 par el cid à 10 mars 2009 - 21:11
Citation
Aux J.O on reprochait à la chine de limité internet maintenant la France nous fait la mm chose . et le pire c’est qu’ils font cette loi mai ce n’est pas pour autant que l’état demandera une baisse des prix des cs ou des DVD ou encore des place de ciné ou qu’ils mettront une tva à 5.5% .Car quand on paye entre 10 et 13 € la place qu ‘on peut avoir un DVD a 15 € et un film en qualité honorable téléchargé et gratuitement le choix est vite fait parce que:
_Les étudiant ont d’autre frais
- les parents ne peuvent pas mettre 50€par film que les enfants veulent voir
-Les prix des places sont abérents
Que l’état veillent les prix des cinés qu’il nous laisse un choix avec des prix attractifs et après peut être que je ne téléchargerait plus.
#40 par yannb à 12 mars 2009 - 11:33
Citation
Si le téléchargement massif est la base d’un nouveau modèle économique, quel est-il concrètement ?
Et si derrière tout ce verbiage (libertés numériques, droit au téléchargement, free cuture) il n’y avait que la défense de quelques intérêts particuliers !?
La somme d’intérêts particuliers n’a jamais constitué
l’intérêt général.
#41 par Serge à 12 mars 2009 - 16:58
Citation
@yannb : je ne parle pas de « téléchargement massif », qui est encore un modèle vertical.
Je n’ai jamais proné la « free culture ». Encore une fois, vous raisonnez avec les anciens schémas.
Je dis juste qu’il y a dans plusieurs secteurs d’activité un basculement vers un modèle horizontal (par exemple, le social lending), et que les acteurs modernes (comme sellaband ou slicethepie) savent gagner de l’argent dans ce nouveau modèle, alors que l’industrie traditionnelle est incapable de se reconfigurer.
Pingback: Charly Husson : Actualié, News, People, Informatique, Internet, Blog, Wordpress » Blog Archive » HADOPI : Quand les hackers s’en mellent …
Rétrolien: analienfeed_