C’était trop beau. Les gouvernements de tous bords, indépendamment de toute tendance politique, ne comprennent pas plus Internet que beaucoup de patrons de grandes entreprises traditionnelles. Et lorsqu’on ne comprend pas quelque chose, la réaction la plus simple est de l’éteindre.
Internet véhicule des valeurs communautaires, et la force du réseau s’oppose à la hiérarchie, aux lobbys. Comme je l’ai déjà écrit dans ce blog, jamais la phrase de Napoléon n’a été aussi forte : « Le commerce unit les hommes; tout ce qui les unit les coalise; le commerce est donc nuisible à l’autorité ». Ce brave Napoléon, qui a vendu le quart du territoire Américain, et avec, le contrôle des gués du Mississippi, donc le blocage de l’expansion Yankee, pour un million de dollars, lui permettant de financer ses campagnes Européennes qui furent un échec total. Quel homme admirable, ce Napoléon…
Alors voilà, déjà il y a le débat sur la gouvernance de l’Internet, les Européens voulant la confier à l’ONU. Or, dans cette gouvernance, il y a un sujet sensible : le DNS. Un éclatement du DNS signifierait plusieurs Internet, et le réseau planétaire disparaîtrait. Déjà, Poutine a demandé à la Douma de plancher sur un DNS propre à la Russie, afin de pouvoir taper des adresses en Cyrillique. Mais voilà que les Chinois ont déjà ça depuis 2006 ! C’est encore plus efficace qu’un pare-feu…
Plus près de chez nous, la LOPPSI (je sais, ce n’est pas le site officiel, mais c’est ce que google ramène en premier; wikipedia en deuxième, et ce site en troisième), mais surtout l’absurde décision de l’Italie de superviser les vidéos sur les sites web.
Et voilà la cerise sur le gateau: l’Union Européenne projette de forcer les sites web de commerce électronique à avoir au moins une boutique physique ! Et en plus, c’est au nom de la concurrence que ce projet est lancé… Quelle farce !
Internet est un outil magnifique, mais fragile. Il appartient au patrimoine de l’humanité, il a été construit par des pionniers, qui avaient un idéal. Cet idéal devient une réalité. Il ne s’agit pas, une fois de plus, de rendre le monde meilleur, il s’agit juste de nous aider à nous adapter aux changements de l’environnement. Internet est justement l’outil idéal pour réaliser cette adaptation. Pourquoi ? Parce que le réseau est plus résistant que la hiérarchie dans un monde à la complexité croissante. Lors du 11 septembre, lors du tremblement de terre en Haïti, Internet seul a résisté au stress. Les entreprises en réseau sont plus performantes que les gros mastodontes hyper hiérarchisées. Et les salariés proches du terrain se mettent justement en réseau pour être plus efficaces, comme l’illustre le magnifique forum des enseignants du primaire.
Alors, il ne reste plus qu’une chose : la formation. C’est mon combat au quotidien : former les individus à comprendre Internet, ses enjeux, la transformation du monde qu’il induit et accompagne. Et je n’ai eu jusqu’à maintenant qu’à me féliciter de l’ouverture et de l’écoute des dirigeants de PME, des étudiants, des quidams, avec qui j’ai eu le plaisir de partager ma vision.
J’aimerais tellement que nos hommes politiques, nos leaders, nos PDG, nos têtes pensantes, aient l’humilité de se former à Internet. S’ils comprenaient, ils seraient plus performants, plus estimés par leur élus. On arrêterait de manger des tranquillisants, on travaillerait plus efficacement, on arriverait à mieux combiner vie personnelle, vie familiale, vie professionnelles; trois facettes de nous-même tellement imbriquées. C’est toute la refondation d’une systémique qui est à faire. Et la bonne nouvelle, c’est que l’outil Internet arrive à point nommé pour nous y aider.
A condition d’apprendre à s’en servir.



