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L’Internet en danger ?

C’était trop beau. Les gouvernements de tous bords, indépendamment de toute tendance politique, ne comprennent pas plus Internet que beaucoup de patrons de grandes entreprises traditionnelles. Et lorsqu’on ne comprend pas quelque chose, la réaction la plus simple est de l’éteindre.

Internet véhicule des valeurs communautaires, et la force du réseau s’oppose à la hiérarchie, aux lobbys. Comme je l’ai déjà écrit dans ce blog, jamais la phrase de Napoléon n’a été aussi forte : « Le commerce unit les hommes; tout ce qui les unit les coalise; le commerce est donc nuisible à l’autorité ». Ce brave Napoléon, qui a vendu le quart du territoire Américain, et avec, le contrôle des gués du Mississippi, donc le blocage de l’expansion Yankee, pour un million de dollars, lui permettant de financer ses campagnes Européennes qui furent un échec total. Quel homme admirable, ce Napoléon…

Alors voilà, déjà il y a le débat sur la gouvernance de l’Internet, les Européens voulant la confier à l’ONU. Or, dans cette gouvernance, il y a un sujet sensible : le DNS. Un éclatement du DNS signifierait plusieurs Internet, et le réseau planétaire disparaîtrait. Déjà, Poutine a demandé à la Douma de plancher sur un DNS propre à la Russie, afin de pouvoir taper des adresses en Cyrillique. Mais voilà que les Chinois ont déjà ça depuis 2006 ! C’est encore plus efficace qu’un pare-feu…

Plus près de chez nous, la LOPPSI (je sais, ce n’est pas le site officiel, mais c’est ce que google ramène en premier; wikipedia en deuxième, et ce site en troisième), mais surtout l’absurde décision de l’Italie de superviser les vidéos sur les sites web.

Et voilà la cerise sur le gateau: l’Union Européenne projette de forcer les sites web de commerce électronique à avoir au moins une boutique physique ! Et en plus, c’est au nom de la concurrence que ce projet est lancé… Quelle farce !

Internet est un outil magnifique, mais fragile. Il appartient au patrimoine de l’humanité, il a été construit par des pionniers, qui avaient un idéal. Cet idéal devient une réalité. Il ne s’agit pas, une fois de plus, de rendre le monde meilleur, il s’agit juste de nous aider à nous adapter aux changements de l’environnement. Internet est justement l’outil idéal pour réaliser cette adaptation. Pourquoi ? Parce que le réseau est plus résistant que la hiérarchie dans un monde à la complexité croissante. Lors du 11 septembre, lors du tremblement de terre en Haïti, Internet seul a résisté au stress. Les entreprises en réseau sont plus performantes que les gros mastodontes hyper hiérarchisées. Et les salariés proches du terrain se mettent justement en réseau pour être plus efficaces, comme l’illustre le magnifique forum des enseignants du primaire.

Alors, il ne reste plus qu’une chose : la formation. C’est mon combat au quotidien : former les individus à comprendre Internet, ses enjeux, la transformation du monde qu’il induit et accompagne. Et je n’ai eu jusqu’à maintenant qu’à me féliciter de l’ouverture et de l’écoute des dirigeants de PME, des étudiants, des quidams, avec qui j’ai eu le plaisir de partager ma vision.

J’aimerais tellement que nos hommes politiques, nos leaders, nos PDG, nos têtes pensantes, aient l’humilité de se former à Internet. S’ils comprenaient, ils seraient plus performants, plus estimés par leur élus. On arrêterait de manger des tranquillisants, on travaillerait plus efficacement, on arriverait à mieux combiner vie personnelle, vie familiale, vie professionnelles; trois facettes de nous-même tellement imbriquées. C’est toute la refondation d’une systémique qui est à faire. Et la bonne nouvelle, c’est que l’outil Internet arrive à point nommé pour nous y aider.

A condition d’apprendre à s’en servir.

le mendiant, le cuisinier et le juge; ou l’économie de l’immatériel au moyen âge

C’est une histoire unique, que l’on retrouve dans plusieurs pays du monde, au moyen âge. On la retrouve en Corée, en Chine, en Afghanistan, en Angleterre, en Bretagne. Après quelques recherches, je pencherai pour un des contes de Nasr Eddin Hodja. Si un historien peut m’aider sur cette quête, je lui en serais reconnaissant.

L’histoire est la suivante: un mendiant s’approche d’un bon restaurant, mais est trop pauvre pour rentrer. Le cuisinier est furieux de le voir rôder autour de son établissement, tente de le chasser, et finalement lui demande de l’argent. L’affaire va devant le juge, qui écoute les parties, le mendiant disant : « je n’ai pas consommé, donc je n’ai pas à payer », et le cuisinier rétorquant « il n’a pas mangé mais il a humé; or l’odeur comme la saveur est le fruit de mon expertise, donc il doit payer ».

Nous pouvons y voir déjà une confrontation entre deux types d’économie : une économie de la matérialité, ou la valeur est dans un objet physique, la nourriture dans ce cas, et une économie de l’immatérialité, ou la valeur est dans un élément intangible, à savoir le résultat d’une expertise. Que cette histoire se passe au moyen-âge, et qu’en plus son rayonnement couvre une géographie encore plus vaste que l’empire de Gengis Khan, en illustre l’importance. Nous sommes là devant une des vielles légendes de l’humanité.

La solution apportée par le juge est encore plus intéressante. Tout d’abord, j’ai coutume, lorsque je la raconte devant un auditoire, de demander qui prend partie pour le mendiant, et qui prend partie pour le cuisinier. Bien sûr, très peu sont du côté du cuisinier. Il est vrai que demander de l’argent à un pauvre mendiant qui n’a rien dans le ventre n’est pas très sympathique. Mais, bizarrement, très peu sont aussi du côté du mendiant. Pour moi, la raison de cet embarras réside dans le fait que, même aujourd’hui, nous ne sommes pas dans l’économie de la matérialité. Sinon, pourquoi irions-nous payer cher dans un étoilé du Michelin, alors qu’un simple MacDo offre de la nourriture pour un prix beaucoup moindre. Donc, nous donnons raison quelque part au cuisinier, surtout lorsqu’on sait que la langue ne distingue que très peu les saveurs; en fait elle distingue essentiellement chaud – froid, et acide – base. C’est l’odeur qui fait la beauté. Tous les amateurs de vin le savent, mais surtout une expérience simple le montre: il suffit de bander les yeux d’une personne, et de lui donner à manger une pomme en lui faisant humer une poire.

Donc, comment le juge réconcilie-t-il les deux économies, et les deux parties ? Il se tourne vers le mendiant, lui demande une pièce de monnaie; le mendiant, probablement furieux d’avoir perdu, lui donne son unique pièce. Le juge se tourne alors vers le cuisinier, fait tinter la pièce, lui dit « Tu as entendu ? Tu es donc payé », et rend la pièce au mendiant. Que fait le juge en fait? En mettant de la valeur dans un son, il crée une monnaie alternative, ce son qui, aujourd’hui existerait sous la forme d’un fichier MP3, et serait appelé un bien digital.

Ces fameuses monnaies alternatives ne sont pas récentes, et ne sont pas limitées à quelques rares exemples. Les miles des compagnies aériennes, les SEL, les SOL, sont autant d’exemples de telles monnaies. Le site « the transitioner » en recense de nombreuses, et Thierry Gaudin a fait un article intéressant sur ce sujet. Les mondes virtuels, qui ont inventé des monnaies parallèles, font circuler des sommes colossales. On estime à 3 milliards de dollars le montant dépensé en 2009 en biens digitaux. Twitter s’y met également, en inventant une monnaie, le twollars. Ce twollars peut s’échanger via twitter (le compte s’ouvre avec 50 twollars), mais peut s’acheter pour un prix de 10 centimes le twollars sur des sites de charité. Contrairement à Second Life, Twitter n’encaisse pas d’argent.

Une fois de plus, Internet n’invente pas de nouvelles formes sociales. Il nous permet de revisiter des formes anciennes, de les remettre au goût du jour, et de les amplifier.

Autant le champ de la technologie construit un corpus de connaissances qui ne cesse de s’enrichir, autant le champ du social n’est qu’une constante revisite.

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un petit florilège juridique…

Au hasard de mes surfs, j’ai découvert le premier salon 3D interactif consacré au tourisme. Je me disais chic, voilà un projet innovant, qui a compris l’intérêt des mondes virtuels, et je m’apprêtais à analyser le contenu de leur offre.

Et puis, mince, pas de chance, j’ouvre sur leur site les mentions légales, et là je tombe sur une logorrhée de protections, sur-protections, menaces, etc.. dont je vous livre les meilleurs extraits.

Tout d’abord : « la mise en place d’un lien vers le site www.3d-live-meeting.com nécessite une autorisation préalable et écrite de la société 1001 Services« . Dommage, donc je ne ferai pas de lien.

A cela vous rajoutez (toujours dans la même page) « Il est formellement interdit de recopier ou reproduire le contenu du site internet. Les violateurs feront l’objet de poursuites judiciaires« . Aïe, déjà qu’on a Hadopi…

Et puis, aussi, cette autre phrase : « Nous ne sommes en aucun cas obligés de répondre à toutes les correspondances reçues, (…) ni de financer vos commentaires ou sollicitations« . Je suis déjà tellement refroidi que je n’ai même pas envie de faire un commentaire !!!

Surtout que, un peu plus loin, on lit ; « En dépit du bon accueil que nous réservons à vos commentaires et rétroactions concernant ce site (…) veuillez noter que tous les commentaires, rétroactions, idées, suggestions, et autres doléances de ce type (…) deviendront et resteront la propriété de 1001 services« .  J’en déduit deux choses : un ces gens assimilent une idée à une doléance, et deux ils gardent tout leur contenu, mais ils prennent les idées des autres (Khrouchtchev déjà disait : « ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable »). Ceci en dit long sur leur approche de la coopération.

Donc je ne ferai pas de liens hypertextuels,  je ne reproduirai pas leur contenu, je ne demanderai pas d’argent pour des doléances que de toutes façons je ne ferai pas.

Néanmoins, je serais curieux de savoir comment peut-on marier le meilleur du web avec de telles menaces, et une telle attitude protectrice, quand on sait l’impact de twitter et autres outils de marketing viral sur les ventes ???

Il n’y a pas d’innovation sans risque, et pas de risque sans confiance…

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Hadopi : et après ?

La loi Hadopi est passée. Nous n’insisterons pas sur les graves défauts de cette loi, commentés de nombreuses fois, dont wikipedia fait une excellente synthèse. A moins d’être un anarchiste brutal, il ne reste donc plus qu’à accepter la triste réalité. « dura lex, sed lex ».

Et aussi à se poser la question de savoir ce qui va se passer. Bien sûr, et cela a déjà été commenté de nombreuses fois, cette loi est inapplicable, elle amènera contestations sur contestations, et sera surtout un gâchis d’argent totalement inefficace.

Je voudrais proposer ici un autre point de vue : que va-t-il se passer pour l’industrie du disque, et surtout pour les majors, qui ont tellement insisté pour cette loi ? Et pour cela, je suggère de partir de l’évolution des usages, et des modèles économiques, car, dans un monde capitaliste, ce sont les clients qui tirent l’innovation et qui font le chiffre d’affaire, pas les lois.

Partons de quelques constats simples. Tout d’abord, le modèle économique de la musique est tout sauf un modèle stable. Bach était un musicien de cour, puis organiste d’église, et enfin maître de chapelle, et dans ses dernières années, gagnait sa vie en composant une cantate par dimanche. Mozart vivait de commandes, argent qu’il dépensait tout aussi vite qu’il le gagnait. Chopin essaye d’augmenter le prix de ses publications papier, puis Liszt invente le concert moderne. Arthur Rubinstein comprendra le premier l’intérêt du disque, et aujourd’hui, le modèle économique bascule vers un modèle de valeur dans le flux et plus dans le stock, comme je l’ai déjà écrit dans ce blog.

Deuxième constat, les clients, comme les jeunes créateurs, cherchent des rencontres. Ce que le modèle de la longue traine montre, c’est un basculement d’un modèle de marketing de masse vers un modèle de marketing communautaire. L’étude que j’ai citée de 2003 qui montre qu’Amazon a réussi à créer 800 millions de dollars supplémentaire rien que sur les livres de la queue de distribution est de plus en plus d’actualité. Autrement dit, la valeur se déplace des grandes vedettes vers les musiciens qui n’auront pas forcément une renommée mondiale, mais qui, grâce à Internet, et au peer to peer, rencontreront leur public.

Donc, la valeur se déplace vers le marketing communautaire, car c’est ce que le public souhaite. Ajoutons à cela un dernier truisme: le matraquage publicitaire ne marche pas. Il sera de moins en moins possible d’imposer Julio essuieglasse ou la starAc, parce qu’Internet, ce n’est pas la télévision : la valeur est dans les forums de discussion, dans twitter, dans les réseaux sociaux, dans les échanges entre les internautes; bref dans le peer to peer.

Que vont donc faire les majors ? Soit elles vont camper sur leur positions, et constater deux choses: une baisse de leurs revenus (mais elles ne pourront plus prétendre que c’est à cause du « piratage ») et un  assèchement de leur catalogue, qui comportera de moins en moins de jeunes artistes. Soit elles vont comprendre (si ce n’est déjà fait) que le marketing qui fonctionne est un marketing communautaire, et vont alors se résoudre à imiter ce que, dans le domaine bancaire des prêts en peer to peer, Virgin Money a fait, en rachetant circle lending. Obligées d’admettre que le monde a changé et que le modèle en peer to peer qu’elles ont combattu est celui qui apporte de la valeur, elle vont donc se résoudre à faire leur shopping. Ce sera la course, à qui va racheter sellaband, qui va racheter mymajorcompany, qui va racheter slicethepie, etc…

Et comme ce modèle communautaire qui vit dans le flux est celui qui fonctionnera, ces mêmes entreprises se retrouveront face à une loi Hadopi qui, brusquement, deviendra une gêne, et les empêchera de faire du business. Entre temps, les artistes ayant repris du poil de la bête, comprendront qu’il ne s’agit plus de se contenter de quelques maigres pour cents comme actuellement, et rappelleront que, dans ces modèles économiques nouveaux, non seulement ils peuvent prétendre entre 30 et 50% de la valeur finale, mais que le rôle du diffuseur est d’augmenter les flux, pas de les diminuer.

J’imagine donc très bien, dans quelques années, que les majors, ayant finalement absorbé les nouvelles règles économiques,  reviendront la queue basse devant le gouvernement pour demander la modification, voire l’abrogation de cette loi. L’arroseur arrosé, en quelque sorte. C’est ce que je leur souhaite, plutôt que de disparaître…

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France, confiance, et paradoxe

Chaque peuple a un problème culturel profond dont il a du mal à se débarrasser. La violence aux Etats-Unis, par exemple, pays où tuer ouvertement dans des lieux publiques semble être une fatalité. En France, ce serait le manque de confiance dans l’autre. Ou, pire, soit l’autre est de la même caste et tout lui est pardonné, même les pires turpitudes; soit il n’est pas, et la méfiance est la règle de base.

Ceci se voit dans multiples endroits, comme les réunions de parents à l’école, ou bien les réunions de copropriétaires, qui sont des moments propres à faire douter de l’humanité. Ceci est même inscrit dans la constitution, et son usage. L’article 49, qui contient la motion de censure, un instrument qui confère à l’assemblée nationale un contre pouvoir purement négatif, là où les Etats-Unis, qui connaissent la valeur du mode coopératif, pratiquent des commissions bi partisanes; et son voisin le 49-3  - une honte du système politique français – utilisé 82 fois, pour des motifs pas franchement adaptés à la violence de la procédure, sont d’aveuglants exemples de non confiance.

Je pense que ce manque de confiance est la cause d’un des graves problèmes du système français: la faiblesse de l’innovation. Nous avons un manque cruel de communication entre la R&D, surtout Universitaire, et le monde industriel; et ce pour des raisons idéologiques basées sur le manque de connaissance réciproques. Et comme il n’y a pas de confiance a priori, le dialogue ne se restaure pas. La faiblesse du tissus des moyennes entreprises en est un autre exemple, etc…

Or, il n’y a pas d’innovation sans risque, et il n’y a pas de risque sans confiance.

Et la confiance passe par le peer to peer. Dans l’extraordinaire article de François Rachline, paru dans Enjeux les Echos, je lis cette phrase, prononcée par Napoléon : « Le commerce unit les hommes; tout ce qui les unit les coalise; le commerce est donc nuisible à l’autorité » . Une phrase d’un modernisme extraordinaire, totalement orthodoxe; une histoire très française finalement.

Eh bien, le paradoxe semble bien être le suivant : le système hyper centralisé de type Napoléonien n’est performant que parce qu’il produit son contraire, et que son contraire reste, bien sûr, discret.

Prenons un exemple de structure hyper hiérarchisée, citée en exemple comme modèle de ce que la France produit de mieux: son éducation. Eh bien, oui, je confirme que le système éducatif français est l’un des meilleurs au monde. La preuve : le forum des enseignants du primaire.

Voici un forum de discussion immensément riche, à la structure simple, claire et efficace, où les enseignant s’échangent des bonnes pratiques; où, à l’heure où j’écris, 22h39, 900 professeurs sont connectés en direct; qui a généré à ce jour plus de quatre millions de messages; et qui a osé faire ce que l’on pensait impossible: se mettre en mode collaboratif en ouvrant un espace de dialogue avec les parents. Surtout, ce qui est encore plus porteur d’espoir pour l’avenir : il y a 80.000 inscrits à ce forum. 80.000 enseignants du primaire qui dialoguent entre eux de manière constructive, dans un parfait mode réseau.

Et ce forum n’est pas le seul dans le domaine éducatif, ou proche. Citons le forum des classes prépas (15.000 membres), le forum mathématique (58.000 membres), le forum de Philagora (43.000 membres), et probablement d’autres, que je n’ai pas identifié.

Que des dizaines de milliers d’enseignants trouvent, dans des structures en peer to peer, basées sur la confiance réciproque, le moyen de mieux exercer leur métier, indique que, finalement, la France a plus compris qu’on ne l’imagine les intérêts du modèle Internet.

C’est une excellente nouvelle.

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Confusion, confusion…

Lu sur le site de PC-Impact : « Un internaute condamné à 6 mois fermes pour escroquerie » .

Je suis, une fois de plus choqué qu’un journal professionnel, non seulement s’amuse à retranscrire des faits divers, mais surtout puisse caractériser cet individu « Un internaute » .

Imaginerait-on un titre de journal: « un alphabétisé commet un meurtre » ?

Internet est un media neutre, c’est sa grande puissance. Quand on y met du bien, il véhicule du bien. Quand on y met du mal, il véhicule du mal. Comme disait Mc Luhan, « nous allons passer d’une civilisation de media chauds et de spectateurs froids à une civilisation de spectateurs chauds et de media froids » .

Cher PC-Inpact, à l’heure où nous faisons face à Hadopi 1 et 2, et LOPPSI, s’il vous plaît, ce n’est pas « un internaute » qui a commis un délit; c’est « un escroc » , inutile d’aller chercher plus loin.

Nous sommes dans un monde où, hélas, la morale l’emporte que l’éthique; le process sur l’intelligence.

Heureusement, j’ai vu Jean-Michel Billaut aujourd’hui. Son énergie est incroyable, malgré ce qu’il a subit. Allez vite le réconforter sur son groupe sur Facebook, « Billaut show must go on  »  c’est un acte positif !

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Les vraies ruptures de Wikipedia

Beaucoup d’encre virtuelle a déjà coulé sur le modèle Wikipedia. Il continue de faire peur et de fasciner en même temps. Trop souvent encore, émergent la question de la qualité liée à l’absence de validation (enfin, à la pseudo absence, puisqu’il y a dans Wikipedia des « gardiens du temple » qui ne laissent pas passer ce qui ne leur plait pas :-) , et la question de la valeur d’un contenu non validé, a priori non créé par des experts « patentés ».

Il me semble que le débat n’est pas là. D’abord, le modèle wikipedia n’est pas dans la culture hiérarchique et verticale, où l’expert, le chef, le professeur parle et tout le monde l’écoute avec respect. Ceux qui se sentent bien dans cette culture sont, effectivement, déstabilises par ce modèle.

A la question de la qualité « objective »,  plusieurs réponses ont été apportés dont la célèbre étude de la revue Nature en décembre 2005. Ce sujet de la qualité n’est pas suffisamment objectivable pour que l’on se pose la question, et puis, de toutes façons, les querelles d’expert ont existé bien avant Wikipedia.

Si le modèle Wikipedia est vraiment innovant, et digne d’être considéré, c’est pour d’autres raisons, qui sont des vraies ruptures cognitives par rapport aux schémas traditionnels.

  • La première rupture est la qualité pédagogique. Parce que ce ne sont pas forcément des experts pointus du domaine qui écrivent, Wikipedia réussit le tour de force de rendre clair des notions parfois complexes.
  • La deuxième rupture est tout le savoir qui tourne autour des articles : l’onglet « discussion » qui permet aux contributeurs de partager autour d’un article avant sa modification, ou bien l’onglet « historique » qui permet d’afficher les différentes modifications, et de comparer deux versions, ou bien, introduit récemment, la possibilité d’aller voir le même article dans plusieurs langues.
  • La troisième rupture est plus intéressante, il s’agit des en-têtes des articles. Par exemple : « Cet article est une ébauche« , « cet article doit être recyclé« ,  « cet article ne cite pas suffisamment ses sources« ; ou bien la neutralité de point de vue, probablement la plus importantes des informations « meta« . Ceci est une vraie rupture: plutôt que de choisir un point de vue sur un sujet délicat, donc forcément biaiser l’article, il est plus intéressant de déclarer que l’article ne peut pas être neutre…
  • La quatrième rupture est la plus importante : la diversité des langues. Il y a 264 langues, à la fois des langues nationales ou supra nationales, ou bien des langues régionales. Entre l’anglais (2817331 articles à ce jour) et le Kanuri (1 article), la diversité est incroyable; diversité exposée dans ce site qui recense les nombres d’articles et de contributeurs par langue (site repris dans wikipedia). Autrement dit, c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que des langues, rares ou pas, ou des communautés, peu nombreuses ou développées, peuvent écrire leur propre encyclopédie dans leur propre langue, qui ne soit pas la traduction d’une encyclopédie internationale.

Toute innovation technologique a un impact sociétal qui se passe en deux phases: la première phase consiste à faire ce que l’on faisait avant, mais avec un outil nouveau. La deuxième phase consiste à inventer ou développer de nouvelles formes, rendues possibles par l’outil. C’est sous cet angle qu’il faut regarder wikipedia.

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2009 …

Oeuvre de Dominique

Et voilà, 2008 est à peine terminée, que déjà 2009 arrive. Une année que je perçois comme unique, à haut risque, mais très forte en opportunités de toutes sortes (ah, le fameux 危机 …)

Enfin la crise arrive. Nous sommes maintenant devant un choix: soit nous faisons tout pour revenir comme avant, et nous aurons alors tout perdu; soit nous essayons de plonger notre destin dans le futur, et d’inventer de nouvelles formes sociales.

J’insiste ici: la construction d’Internet nous offre l’inspiration de ce que pourra être un monde nouveau. Internet, plus qu’une technologie, est le vecteur d’une immense transformation.

Rêvons un peu, sur les principes de ce monde à construire…

  • Il sera plus communautaire
  • l’éthique prendra le pas sur la morale, ou bien, ce qui est encore plus difficile, l’intelligence humaine sur le processus
  • nous serons toujours en mode coopératif, avec nos opposés, mais surtout, ce qui est plus compliqué, avec nos semblables
  • loin de nous lamenter, nous comprendrons que nous sommes acteurs de notre environnement, de notre destin; et pas seulement spectateurs consommateur (nous ne regarderons pas Internet comme la télévision)
  • nous nous placerons constamment en état d’apprentissage, dans une immense humilité

Que 2009 soit surtout une année pleine d’humour !!!

bidochon

Merci à Binet d’avoir créé ces personnages géniaux, les Bidochons.

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Internet et l’enseignement supérieur

Internet, loin de n’être qu’un simple outil, est la technologie qui accompagne une révolution sociétale. Ceci se voit dans beaucoup d’activités du quotidien; ce n’est pas le propos de ce message, d’ailleurs je suis en train d’écrire la suite de mon premier livre.

Ce constat, je l’enseigne de manière régulière dans deux écoles, l’Hetic, et l’ESCP-EAP, où j’interviens dans un master qui se nommait e-business, et qui a fusionné avec le master des systèmes d’information. Et puis, j’interviens de temps en temps, dans des écoles orientées marketing, ou commerce.

Je fais à chaque fois le même constat navrant : mes étudiants sont, à part quelques rares visionnaires, d’une virginité époustouflante à propos d’Internet. Car il n’y a, en France, aucun enseignement sur les bouleversements induits par Internet, sauf dans de très rares écoles, souvent jeunes comme Hetic.

Je rencontre dans ces écoles bien installées des étudiants qui, au mieux, ne savent pas les fondamentaux, utilisent tout juste facebook, mais ne connaissent ni twitter ni la grande majorité des outils Web2.0, n’écrivent que très rarement dans Wikipedia (un sur cinquante…), et ne voient absolument pas ce qui se passe sur les forums de discussion, n’y étant eux-même que rarement. Au pire, j’ai vu des étudiants qui se moquaient de tout ça, critiquant ces outils modernes, perpétuant un schéma ancien sans se poser de questions. Et mes discussions avec des collègues montrent que les grandes écoles même scientifiques, qui forment l’élite de la nation, ne sont guère mieux loties.

Ils consomment de l’internet comme de la télévision…

Pourtant, quand je commence à les promener sur mes sites déviants, fait d’extraordinaires signaux faibles, je vois bien au visage interloqué de certains qu’ils commencent à se poser les bonnes questions.

En clair: l’enseignement supérieur, qu’on pourrait penser conçu pour préparer les étudiants au monde de demain, est en train de développer un gigantesque rétroviseur. Les techniques enseignées sont des techniques anciennes, basées sur des modèles verticaux et pyramidaux, et qui ne tiennent absolument pas compte des ruptures Internet.

C’est grave, c’est très grave. Ces étudiants peuvent devenir de grands managers, des homme politiques; ils auront à réfléchir, prendre des décisions. Et ils ne comprennent pas le nouveaux monde qui a déjà commencé à révolutionner notre quotidien, la transformation d’un modèle vertical en un modèle horizontal.

C’est lorsque les loisn les réglements, deviennent contraire aux usages et au nouveau monde qu’éclatent les révolutions. Si seulement l’enseignement supérieur était capable de se remettre en cause…

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Pensée linguistique

Vendredi dernier, je déjeunais avec Didier Lambert, qui a soulevé pendant le repas un problème linguistique intéressant : c’est une erreur de traduire « Virtual World » brutalement par « monde virtuel ». Didier propose plutôt d’utiliser l’expression « monde potentiel ».

A y regarder de près, la proposition est intéressante. L’appellation monde virtuel met l’emphase sur le côté virtuel tant décrié par beaucoup, qu’il met alors en opposition avec le réel, obérant toute possibilité de coopération des deux.

J’entends aujourd’hui avec amusement les commentaires fuser sur les mondes virtuels : « on s’y perd », « c’est ludique », « c’est dangereux », « c’est inutile », bref mot pour mot tout ce qu’on disait du Web en 1996 – 1999 (au détail près que, concernant second life, personne n’ose dire que le minitel l’avait déjà inventé. Tout juste quelques rares se souviennent du deuxième monde). La perle étant l’intervention d’une personne du public, lors d’une présentation sur les possibilité de travail collaboratif qu’offrent les plateformes virtuelles, « finalement, ce n’est qu’une audio-conférence illustrée par des avatars » (sic).

C’est donc bien en tant qu’outil de simulation que ces plateformes sont intéressantes. La simulation qui est, aujourd’hui, l’un des outils nécessaires pour aborder la complexité du monde. Sans simulation, nous n’avons pas le temps, ni la possibilité, de parcourir tous les chemins du graphe, même lorsque le graphe est simple.

Il s’agit bien de comparer les possibilités technologiques des plateformes, en tant qu’outils au service des entreprises. L’existence des mondes plutôt orientés « social » (there.com Hipihi Entropia SL etc..) est une opportunité pour certaines applications. Qui oserait aujourd’hui se plaindre de l’existance d’un lieu où il est possible de rencontrer des partenaires, des citoyens, des clients potentiels? lesquels sont, il faut se l’avouer, effectivement plus intéressants que les clients virtuels.